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#LIVINGCIRCULAR « L’ÉCONOMIE CIRCULAIRE AU SERVICE D’UNE ALIMENTATION PLUS RESPONSABLE »

Notre alimentation génère 30 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales et 1/3 de la production alimentaire est gaspillée. Par une production et une consommation plus responsables, nous pouvons améliorer significativement notre impact sur l’environnement et les ressources naturelles.

L’Institut national de l’économie circulaire, intervenant habituel dans les conférences circulaires de la Fondation Veolia, est intervenu le 15 mai à la 12éme conférence ayant pour thématique « L’économie circulaire au service d’une alimentation plus responsable ».

Article de Veolia

L’économie circulaire au service des systèmes plus durables et responsables

Nos systèmes agricoles et agroalimentaires sont confrontés à de nombreux enjeux sociétaux susceptibles d’interférer avec la définition d’une alimentation plus durable — démographie croissante, sécurité alimentaire mondiale, changement climatique, impacts des systèmes alimentaires sur l’environnement, limitation des ressources notamment des sols, pollutions des eaux, santé.

Nous demandons de nos systèmes alimentaires de nourrir une population croissante avec une alimentation de qualité à des prix abordables, tout en répondant aux attentes sociales et avec une juste répartition de la valeur.

La France est le 1er pays agricole en volume de l’UE (pas en surface agricole utile) et l’industrie agro-alimentaire la 1ère industrie nationale. S’il est vrai que le modèle industriel dominant en France assure l’auto-suffisance du pays, il n’en demeure pas moins que ce modèle s’accompagne d’importantes externalités environnementales négatives. Il faut donc les faire évoluer vers des systèmes alimentaires plus durables.

L’économie circulaire, qui vise à améliorer l’efficacité des systèmes socio-économiques en optimisant l’usage des ressources, est un levier pour évoluer vers des systèmes agricoles et agroalimentaires durables.

Définition de la FAO de régimes alimentaires durables :

« Les régimes alimentaires durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, sont culturellement acceptables, économiquement équitables et accessibles, abordables, nutritionnellement sûrs et sains, et permettent d’optimiser les ressources naturelles et humaines ». FAO

Des enjeux multiples…

L’alimentation se situe à la croisée des enjeux sociétaux économiques et environnementaux. D’ici 2050, la demande mondiale de nourriture devrait augmenter d’environ 55%, en vue d’une croissance démographique rapide et de l’urbanisation attendue dans les économies émergentes, ce qui engendra aussi une augmentation considérable du volume d’ordures ménagères généré dont une grande partie sera composé des déchets organiques et une augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre.

Environ 1/3 de la production mondiale destinée à l’alimentation humaine est perdue, jetée, gaspillée tout au long de la chaîne, de la production à la consommation[1], soit 150kg par an et par habitants en France[2]. Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le 3eme émetteur de gaz à effet de serre derrière la Chine et les États-Unis.

Il est indispensable de changer les comportements, mais aussi d’aller vers une écoconception des produits, emballages et menus ainsi que la valorisation des produits hors-calibre.

Les pertes et gaspillages alimentaires constituent donc un enjeu fort pour les politiques publiques en matière d’alimentation durable.

Des opportunités de captation de valeur

L’économie circulaire est un principe d’organisation économique visant à découpler la création de valeur sociétale de l’impact sur l’environnement, à travers une gestion optimisée des ressources. Ce modèle implique la mise en place de nouveaux modes de conception, de production et de consommation plus sobres et efficaces et à considérer les déchets comme des ressources. (INEC)

L’économie circulaire s’inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels qui se caractérisent par des flux et interactions en boucle. Certaines activités du secteur agricole et agroalimentaire s’insèrent naturellement dans une logique circulaire.  Cependant, la boucle de certains éléments ou nutriments a été progressivement perturbée (comme pour le phosphore, le potassium, nitrogène) par notre modèle de production actuel. En effet, un cadre global d’économie circulaire permet de distinguer deux cycles de matières : biologique et technique. Les cycles biologiques dans lesquels des matières/nutriments sont restaurés dans la biosphère tout en reconstruisant le capital naturel et les cycles techniques, dans lesquels les produits, composants et matériaux sont restaurés sur le marché à la plus haute qualité possible et aussi longtemps que possible.

Dans l’économie circulaire, les flux des nutriments biologiques doivent donc être vus comme des ressources dont on peut extraire de la valeur. Dans ce système circulaire, tous les nutriments seraient retournés à la biosphère de manière appropriée. Dans le contexte urbain, cela signifie que les nutriments des déchets organiques et des eaux usées sont capturés et transformés pour être ensuite, par exemple, retournés au sol sous forme d’engrais organique. La récupération de ces nutriments couplée à des pratiques agricoles régénératrices, réduirait ainsi la nécessité d’apporter des nutriments provenant de sources non renouvelables.

En tant que principaux concentrateurs de matériaux et de nutriments, les villes rassemblent des intrants tels que les denrées alimentaires des zones rurales dans un espace urbain concentré. Aujourd’hui, presque aucun de ces matériaux ne sont refermés dans la biosphère, ce qui signifie que les sols ruraux sont de plus en plus dégradés et comptent de plus en plus sur des engrais synthétiques, qui crée également des déséquilibres nutritionnels.

L’économie circulaire nous invite donc à voir de la valeur là où jusqu’ici on ne la voyait pas. L’objectif est de mettre en évidence les opportunités de captation de valeur, sous la forme d’énergie, de nutriments intégrés dans ces flux, à travers l’application des principes de l’économie circulaire.

L’économie circulaire et l’alimentation : le cadre politique

En France, le cadre politique de l’économie circulaire appliquée aux systèmes agricoles et agroalimentaires a été abordé par les États généraux de l’alimentation (EGA) et par la Feuille de route économie circulaire. Néanmoins, la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) avait déjà fixé des objectifs, notamment un taux de valorisation des déchets de 65% et une réduction de mise en décharge de 50% à l’échéance 2025. Pour ce faire, la LTECV prévoit donc que d’ici à 2025 tous les particuliers devront bénéficier d’une offre de tri à la source des biodéchets. La feuille de route publiée le 23 avril 2018 réaffirme ces objectifs : « Sortir les biodéchets des poubelles, dont le gisement s’élève à 22 millions de tonnes pouvant être valorisées ». La collecte séparée et la valorisation des biodéchets sont des objectifs affichés de cette feuille de route, et plusieurs mesures sont dédiées à ce gisement.

En ce qui concerne le gaspillage alimentaire, la France est en avance car munie d’une loi depuis 2016. La loi Garot interdit de rendre impropres à la consommation des invendus encore consommables, et impose aux magasins alimentaires de plus de 400 m2 de proposer une convention de don avec des associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommables. Le projet loi issu des EGA portant sur l’équilibre dans le secteur agricole et alimentaire (voté au parlement en première lecture le 30 mai) prévoit d’étendre l’obligation cette obligation à l’ensemble des opérateurs de la restauration collective et de leur imposer la réalisation d’un diagnostic préalable à la démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire. Ceci s’accompagnera d’outils prévisionnels pour mieux dimensionner les approvisionnements.

D’autres dispositions sont aussi prévues dans le projet de loi, par exemple, la restauration collective, publique ou concédée devra s’approvisionner à horizon 2022, avec un minimum de 50% de produits locaux ou sous signe de qualité (dont produits issus de l’agriculture biologique).

 

[1] FAO

[2] ADEME

[3] Urban Biocycles,  Fondation Ellen Macarthur

 

 

 


Article publié le : 31 mai 2018