Ce mercredi, l’INEC était à Strasbourg aux côtés des acteurs de la construction circulaire pour une journée de conférences et d’échanges guidée par une question : « comment massifier la circularité dans la construction ? ». Pour répondre à cette question, nous avons pu compter sur une vingtaine d’intervenants et plusieurs séquences de réflexion tout au long de la journée. La journée a été introduite par Bruno Flochon, Directeur Energie, Climat et Economie circulaire à la Région Grand Est, et Jean-Marc Boursier, président de l’INEC, l’occasion de rappeler l’implication de la Région et de l’INEC sur ces sujets de construction circulaire.
"Les chantiers circulaires s'inscrivent dans le temps long, mais pas dans le temps lent. L'économie circulaire sur les chantiers, ce sont des constructions qui durent dans le temps."
Anne-Marie Jean, Vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg
Le projet LIFE Waste2Build, de l'expérimentation à la norme
Nous avons eu le plaisir de recevoir pour cette première table ronde Patrick BERNARD (Co-directeur – SYNETHIC), Sylvie Feuga Ruth (Directrice – Envirobat Grand Est – ARCAD LQE), Anne-Marie Jean (Vice-présidente de Ville et Eurométropole de Strasbourg), Pierre Papaix (Co-pilote de la missions transversale économie circulaire – Toulouse – Mairie et Métropole), Benoît Planchard (Responsable des relations institutionnelles – Ecominéro) et Claire VENTEJOU (Responsable stratégie climat – Crédit Agricole Immobilier).
Une question : comment passer d'une multitude de chantiers démonstrateurs réussis à une généralisation de la circularité dans les chantiers ?
La franche réussite du projet LIFE Waste2Build à Toulouse, présentée avec enthousiasme par Pierre Papaix et Patrick Bernard, prouve que les chantiers circulaires fonctionnent et sont économiquement viables, mais aussi que la circularité peut constituer un formidable levier d’engagement pour tout un territoire vers des projets de construction plus durables. Anne-Marie Jean a présenté les défis et victoires de l’Eurométropole de Strasbourg, première métropole à conclure un accord de réplicabilité Waste2Build pour décliner la démarche sur son territoire, notamment à travers le chantier du stade de la Meinau. Sylvie Feuga a ensuite présenté les différents leviers identifiés par Envirobat Grand Est pour massifier les flux de réemploi à l’échelle de la Région. Cet état des lieux a été complété par la perspective de l’éco-organisme Ecominero, représenté par Benoît Planchard, qui a notamment évoqué l’enjeu des chaînes collectives de responsabilité pour accélérer le développement des démarches circulaires. Enfin, cette première table ronde a été conclue par Claire Ventejou du Crédit Agricole Immobilier qui a présenté plusieurs retours d’expérience et partagé les freins et leviers des MOA privées pour mettre en œuvre la circularité sur leurs chantiers.
Chroniques de chantiers circulaires
La matinée s’est ensuite poursuivie avec un temps de partage autour de différents retours d’expérience opérationnels. Un enjeu commun : confier à nos nombreux participants les clés pour convaincre de l’utilité et de l’efficacité de l’économie circulaire sur les chantiers mais aussi pour actionner des mises en œuvre concrètes.
5 regards croisés d'acteurs très différents
D’abord Rodolphe Barrault de l’organisme Prestaterre Certifications a évoqué les conditions de réussite des démarches chantiers et d’engagement collectif des acteurs du projet. Zélie PERRIN est revenue sur les actions menées par la Métropole du Grand Paris pour encourager la création de filières locales en stimulant à la fois l’offre et la demande. Coline BLAISON, du BET Cycle Up nous a présenté plusieurs projets exemplaires menés sur le territoire en insistant sur la nécessité de favoriser le développement des ateliers de reconditionnements pour pérenniser les filières. Enfin, Mark-Alexandre Beck (La Poste Immobilier) et Clara Bergia (Réseau SEQUNDO) ont présenté de concert leur démarche commune conjuguant performance écologique et sociale, économie circulaire et insertion par l’activité économique.
Construire autrement : quand la data accélère la circularité ?
L’après-midi s’ouvrait avec la question cruciale du rôle de la data dans l’accélération de la circularité sur les chantiers – dans le contexte de l’arrivée prochaine du Passeport Numérique des Produits (DPP) pour les produits et matériaux de construction.
Aurélie ESCOBAR a réaffirmé, au nom de GS1 France, que l’identification était le prérequis absolu à toute traçabilité. Plus une donnée est standardisée et répond à un langage commun, plus elle est exploitable. Le secteur de la construction peut d’ailleurs s’inspirer des pratiques mises en œuvre sur d’autres secteurs, comme le ferroviaire. Dominique PITON, Immo & Co, a souligné l’importance de la digitalisation des diagnostics PEMD et des plateformes. Myriam TRYJEFACZKA a ensuite présenté l’exemple concret de Tarkett qui ouvre aujourd’hui la voie à une transparence radicale des metteurs en marché, au-delà des exigences de la réglementation européenne REACH. Enfin, en lien avec les démarches initiées par Tarkett, Jérôme Dierickx a présenté les missions du GIE TERRA MATTERS autour de la diffusion de la Product Circularity Data Sheet (PCDS) et de la standardisation des données circulaires.
Transition circulaire dans la construction : défis communs et réponses transfrontalières en Europe
Cette journée célébrant la réussite d’un projet financé par l’UE se tenait à Strasbourg – au carrefour de l’Europe, en pleine session du Parlement Européen… Il était donc incontournable de nous arrêter sur le rôle de l’Union européenne dans le développement de l’économie circulaire dans la construction.
Plusieurs acteurs de pays frontaliers nous ont fait l’honneur de répondre à notre invitation pour cette table ronde, permettant d’inviter nos participants à un voyage à travers les dynamiques respectives de la France, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse.
Carl Enckell, avocat associé d’ALTES Law a introduit la table ronde en évoquant les différences parmi les législations européennes, où le réemploi fait toujours figure de grand absent. Lara Pérez Dueñas nous a emmenés en Belgique, où le programme Build Circular, très centré sur l’accompagnement individuel des entreprises, est un véritable succès qui apporte la preuve que la réglementation n’est pas le seul moteur au changement. Paul Schosseler a présenté les défis rencontrées au Luxemboug où les filières de réemploi sont encore embryonnaires, et les enjeux de porter des projets inter-régionaux, notamment à l’échelle du Benelux. Le constat est assez similaire en Suisse, où François Girod nous a partagé les innovations technologiques portées par Holcim Schweiz / Suisse / Svizzera notamment en faveur de l’économie de la fonctionnalité. Pour conclure, Dominique Renard-Brazzi a présenté les avancées des projets européens au sujet de la traçabilité et de la data et a rappelé l’importance de réserver une place au réemploi dans le futur Circular Economy Act prévu pour 2026, dans un contexte où sa massification n’est pas encore une priorité affichée par la Commission.
L'économie circulaire plus forte que le backlash écologique ?
Nous avons choisi de clôturer cette grande journée par une discussion entre Emilie GRAVIER , Directrice Régionale Grand Est de l’ ADEME, et Emmanuelle Ledoux, Directrice générale de l’INEC. Cet échange visait à prendre du recul sur le rôle de l’économie circulaire, à l’heure d’une baisse des financements alloués à la transition écologique. L’économie circulaire peut-elle échapper à cette baisse et devenir une solution privilégiée par tous ?
Emmanuelle Ledoux a d’abord rappelé que l’économie circulaire est une évidence, les limites planétaires et le manque de ressources disponibles sont connus de tous. Pour autant, l’économie circulaire rencontre de nombreuses difficultés dans sa mise en œuvre : financières, juridiques, assurantielles, comportementales, fiscales, etc. Toutes les expérimentations réussies d’économie circulaires ne parviennent donc pas à passer à l’échelle, faute de moyens mis en œuvre pour y parvenir. L’Union européenne doit ainsi reprendre la main sur la maîtrise des ressources pour devenir un véritable moteur de la transition.
Emilie Gravier, plus optimiste, souligne que les filières se structurent depuis quelques années, grâce notamment à une règlementation de plus en plus foisonnante sur le sujet. Elle cite notamment la RE2020, les filières REP rendues opérationnelles par la loi AGEC, etc. Il est donc essentiel d’instaurer un récit positif autour des matériaux de réemploi pour massifier l’économie circulaire dans la construction.
Les deux intervenantes partagent ainsi une conclusion commune : "la seconde main n'est pas un second choix".


