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Rendez-vous de l’économie circulaire – retour sur le petit-déjeuner écoconception

Ce jeudi, 26 avril 2018, l’INEC a organisé le troisième « Rendez-vous de l’économie circulaire » portant sur « L’écoconception, clé ou levier de l’économie circulaire ? » avec les interventions de Jean Philippe HERMINE, Directeur du plan environnement du Groupe Renault, Émile MEUNIER, Avocat spécialiste de l’économie circulaire et Yann LEROY, Maître de Conférences de CentraleSupélec.

Les échanges ont été inaugurés et animés par le Directeur général de l’INEC, Christophe DEBIEN.

De gauche à droite: Yann LEROY (CentraleSupélec), Emile MEUNIER (avocat), Jean-Philippe HERMINE (Renault)

Le secteur automobile est un secteur très favorable à l’écoconception, une voiture étant un produit qui dure longtemps, démontable, réparable et produite avec des matériaux de qualité. Pourtant, selon Jean-Philippe HERMINE (Renault), l’approche de Renault est unique. L’objectif de recyclage de 95% fixé par la REP a été atteint l’année dernière. En outre, les voitures sont composées d’environ 33% de matière recyclée en boucles courtes chez Renault. L’utilisation des matières premières recyclés permet de se débarrasser des enjeux de change des matières premières. Le plastique est ainsi transformé et remis dans la chaîne ainsi que l’aluminium, les platinoïdes et, plus récemment, des boucles courtes de matières textiles se sont mises en place. Parmi d’autres actions, Renault a fait l’engagement d’augmenter son taux de plastiques recyclés au niveau mondial à l’horizon 2022 mais il y a un vrai enjeu de la disponibilité de la matière, en quantité et en qualité, avec un flux constant. Le directeur du plan environnement a ainsi dressé un panorama général des bénéfices et les enjeux de l’écoconception chez Renault, qui sont à la fois d’ordre technique mais aussi économique. Les projets d’écoconception apportent de la valeur ajoutée néanmoins pour que la valeur ajoutée soit soutenable, elle doit être repartie à toutes les étapes de la chaîne : constructeurs, transformateurs, intégrateurs et consommateur. Il ne s’agit donc pas uniquement de questions d’ingénierie, mais d’organiser tout le système.

Avocat spécialiste de l’économie circulaire, Emile MEUNIER accompagne les organisations dans leur stratégie d’influence des politiques publiques y compris au niveau européen. Il a commencé sa présentation en rappelant le discours du Premier Ministre, Edouard Phillipe, dans sa présentation de la FREC : « La première manière de moins jeter, c’est d’acheter robuste (…) une autre façon de moins jeter, c’est de consommer un peu moins (…), c’est la sobriété heureuse chère à PierreRabhi ».

Nous avons assisté progressivement à la baisse de l’écoconception, nous a expliqué l’Avocat, du fait de la volonté du fabricant de garder la main sur son écosystème en maîtrisant toute la chaîne de valeur et de verrouiller la réparation. La baisse de l’écoconception est également due à la volonté du designer de produire un beau produit au détriment de la durabilité et à la baisse généralisée des coûts des produits. Un bien écoconçu est un bien réparable, durable, modulable, et qui incorpore des matériaux issus du recyclage. L’avantage pour la société sera moins de pollution et plus d’emploi autour de la réparation. Pour les entreprises, la marque durable est la marque gagnante dans les prochaines décennies.

En ce qui concerne les politiques publiques plusieurs leviers permettent de déployer l’écoconception, notamment la loi (p.ex: imposer le rallongement de la garantie légale) et l’accès à l’information pour le consommateur (ex: sur la disponibilité ou non des pièces détachées). L’avocat a salué les mesures de la feuille de route pour l’économie circulaire en soulignant les mesures qui favorisent l’éco-conception (affichage de la réparabilité, généralisation des critères d’éco modulation à toutes les filières, intégration des matières premières recyclés et accompagnement de l’investissement productive). Certaines de ces mesures peuvent porter un changement en profondeur, sous réserve d’une application effective de celles-ci et d’un contrôle approprié.

Yann LEROY est membre fondateur d’EcoSD, réseau qui rassemble des consultants et chercheurs autour de l’écoconception des systèmes durables. Il travaille au sein du groupe de travail Sustainable design du Design Research Society et du laboratoire de génie industriel de CentraleSupélec. Ce dernier travaille sur l’optimisation et la rationalisation de l’activité humaine avec des valeurs environnementales, humaines et sociétales.

Le Maître de conférence nous a présenté les axes de recherche développés par son laboratoire autour de l’écoconception et des tendances observées. Parmi les deux tendances majeures, il énonce un recul du terme écoconception au profit du terme conception durable et une exploitation significative de la phase de l’usage, notamment qui est l’utilisateur et comment il interagit avec le produit ou le service. Son laboratoire a développé plusieurs projets de recherche appliquée avec d’autres acteurs ; à titre d’exemple, un projet avec Bouygues construction a permis de reconstruire la consommation électrique de chaque ménage selon l’âge, le type de logement, la composition de la famille, etc. pour ensuite construire un modèle qui est pris en compte dans les constructions du bâtiment. Dans le cadre de ce projet les partenaires ont également pu constater que certaines incitations permettent des consommations plus durables. Beaucoup d’autres projets de recherche dans le domaine sont en cours dont notamment un projet de recherche sur les indicateurs de circularité. Comment trouver des indicateurs qui permettent de piloter un projet d’économie circulaire et les répercuter sur les activités industrielles ? Cette thématique très complexe constitue, selon Yann Leroy, l’enjeu de demain.


Article publié le : 27 avril 2018