État des lieux de l’emploi dans l’économie circulaire
L’invité
Frédéric Nauroy, membre du Services des données et études statistiques du Ministère de la Transition Ecologique et auteur du document de travail “Quantification de l’emploi dans l’économie circulaire”. Publié en décembre 2024, ce document expose la méthodologie permettant d’estimer l’emploi au niveau national dans les activités de l’économie circulaire et actualise une méthodologie datant de 2017.
Les grandes données issues de ce travail permettent de faire un état des lieux de l’emploi dans l’économie circulaire et de la répartition des forces entre les différents piliers.
Le SDES précise que ce document a 2 objectifs :
“définir les contours de l’économie circulaire” et “identifier les différents travaux ayant permis un chiffrage d’emploi au niveau national”
“détailler le contenu en activités à la base des chiffrages d’emploi, les sources et méthodes utilisées pour parvenir à des estimations”.
Les questions
Quelle est la difficulté de quantifier les métiers liés à l’économie circulaire, domaine très large et qui regroupe beaucoup de secteurs et activités différentes ?
Le contour précis des activités relevant de l’économie circulaire n’est pas aisé à établir. Si les activités de recyclage de matières usagées et de leur incorporation dans des produits industriels ne font pas débat, des discussions existent pour d’autres activités comme l’agriculture biologique, l’assainissement des eaux usées ou la rénovation énergétique des bâtiments. Au SDES, nous avons inclus dans le périmètre de l’économie circulaire les deux premières, mais écarté la dernière, plus centrée sur les aspects climat/énergie.
Comme il n’existe pas de lignes directrices précises au niveau international sur les activités et produits relevant de l’économie circulaire, les chiffrages d’emploi peuvent varier significativement entre organismes en fonction de l’étendue du périmètre d’inclusion. Par ailleurs, les données d’emploi font défaut sur les piliers de l’écoconception et de l’économie de la fonctionnalité.
Comment expliquer la hausse de 2,5% par an des emplois dans l’économie circulaire entre 2010 et 2021 ? Est-ce un bon signal envoyé au secteur ? Est-il possible d’établir une tendance pour les années à venir à partir de ce chiffre ?
Cette hausse moyenne de l’emploi de 2,5 % par an a contribué à créer au cours de cette période près de 200 000 emplois dans l’économie circulaire. Celle-ci se développe plus vite que l’ensemble des activités économiques (hausse de l’emploi de 0,7 % par an sur la même période). La création d’emploi dans ces activités est un signe positif même s’il faut noter qu’il ne s’agit pas de créations nettes à l’échelle de l’économie nationale. En effet, des substitutions entre branches sont possibles. Il est difficile d’établir une tendance pour les années à venir. Il faudrait au préalable étudier l’impact de certaines aides (bonus réparation) ou de la réglementation (labellisation, étiquetage de produits) sur les comportements et le développement de certaines activités. Par ailleurs, certaines évolutions souhaitées comme la création et la mise sur le marché de produits écoconçus sont plus lentes à se dessiner car cela exige des investissements et la perception par les industriels d’un marché potentiel d’une taille suffisante.
Si l’on établit un focus sur le pilier réparation, quelles sont les tendances au sein du secteur même qui permettent de comprendre l’évolution de 1,8% par an des emplois ?
Les évolutions de l’emploi dans le secteur de la réparation ne sont pas homogènes. La réparation automobile gagne de nombreux emplois ainsi que la réparation industrielle et la réparation de biens personnels domestiques (vélos, vêtements par exemple). En revanche, la réparation de produits électroniques grand public perd régulièrement des emplois entre 2010 et 2021. La tendance est également à la baisse pour la réparation d’ordinateurs et d’équipements périphériques, même si, dans ce dernier cas, l’emploi non salarié progresse.